Les mots enfantins

Nous vous invitons dans ce texte à explorer avec humour et tendresse les différences entre le Québec et la France dans le vocabulaire lié à la petite enfance.

Vous découvrirez que des mots comme bobo, suce et tata n’ont pas toujours le même sens selon le fuseau horaire où on se trouve…

Les tout-petits et leurs grands mots

Les premiers mots prononcés par les enfants ne sont jamais innocents. Ils révèlent déjà une identité, une culture, un bagage linguistique. Et si tous les bébés pleurent et rient de la même façon, les premiers mots qu’ils utilisent pour exprimer ces émotions diffèrent selon le coin de pays où ils grandissent.

Là où un bébé québécois demande sa suce, un petit Français réclame sa tétine. Au Québec, on dépose bébé à la garderie. En France, on le laisse à la crèche.

Et, tata — selon qu’on soit au Québec ou en France — peut aussi bien être une personne idiote qu’une tante chérie.

La tata et le tata

Au Québec comme en France, le mot tata est utilisé comme une formule affectueuse pour dire au revoir, surtout dans le langage des tout-petits. Mais attention : au Québec, tata peut désigner une personne un peu idiote, tandis qu’en France, tata est un surnom affectueux pour sa tante. Un mot, deux usages… et un risque de malentendu plutôt amusant.

Exemples :

— C’est ma tata préférée, même si son nouveau mari est franchement tata.

— Le médecin était trop tata pour comprendre que ma tata était vraiment malade.

Suce ou tétine ? Les mots à la bouche

Un petit rappel utile pour nos amis français : au Québec, le mot suce désigne simplement une tétine pour bébé. Et surprise pour bien des Québécois : en Europe, le mot suce, dans ce sens, est peu répandu. On y parle plutôt de tétine ou de sucette).

Or, au Québec, une sucette, c’est une trace de succion laissée sur la peau. Cela n’a donc rien à voir avec un objet servant à calmer un bébé.

Source : La Presse

Exemples :

— Le petit a perdu sa suce. Il hurle à pleins poumons. Alerte rouge !

— J’ai toujours des suces de rechange sur moi. Un parent averti en vaut dix.

— Mon bébé a prêté sa suce à son toutou. C’est étrange, mais j’ai trouvé ça très touchant.

Au Québec, un toutou n’est pas toujours un chien, c’est souvent ce qu’on nomme peluche en France : un jouet fait en peluche.

— Je dois l’avouer. J’ai dormi avec mon toutou jusqu’à un âge avancé. Mes parent s’en inquiétaient beaucoup.

Bobo : un petit mot pour les petits maux

« J’ai un bobo ! » — peu importe où l’on se trouve dans la francophonie, cette phrase fait partie du vocabulaire des tout-petits. Elle évoque une petite blessure, une égratignure, parfois même un simple chagrin, que les parents soignent avec un pansement… ou un câlin réconfortant.

Bobos en série : quand le mot grandit avec l’âge

Mais au Québec, le mot bobo ne se limite pas à la cour de récréation. Il est également utilisé pour désigner les mots maux physiques ou psychologiques des adultes.

— Jules parle toujours de ses bobos. Les tiens ? Il ne les écoute même pas.

Et ce n’est pas tout : le mot bobo peut aussi être employé au sens figuré, pour désigner un problème technique, une difficulté bien précise, un élément qui entrave le fonctionnement de quelque chose.

Enfin, je viens de trouver le bobo. On va pouvoir réparer le char (voiture) ce matin.

Becquer bobo par ici, bisou magique par là

Lorsqu’un enfant se fait mal, souvent, ce n’est pas le pansement qui le guérit, mais bien un petit bec (baiser) et les mots réconfortants qui l’accompagnent.

Au Québec, nous avons créé l’expression becquer bobo, qui est à la fois simple et tendre. Le verbe becquer, formé à partir du mot bec (petit baiser), signifie ici « embrasser ».

Viens mon bébé. Je vais becquer bobo.

En France, on utilise plutôt l’expression baiser magique, un remède imaginaire aux accents de conte de fées, censé faire disparaître la douleur d’un simple contact physique.

Deux cultures, mais un même réflexe : réconforter avec un petit bec (baiser) et des mots doux.

Diachylon et sparadrap : un pansement, deux mots

Si on vous offre un diachylon au Québec, on vous tendra un petit pansement adhésif, souvent décoré, prêt à couvrir un bobo d’enfant.

Mon garçon voulait absolument avoir un diachylon sur chacun de ses genoux.

Bien ancré dans le langage courant, ce mot est spontanément utilisé par les parents, les éducatrices… et même les enfants.

En France, un diachylon s’appelle plus souvent un sparadrap. En Europe, diachylon est pratiquement inconnu : le mot sonne technique, voire un peu vieillot, et décrit un emplâtre agglutinant, à base d’oxyde de plomb et de résine, employé dans la confection de pansements.

Au Québec, nous employons aussi le nom de la marque Band-Aid pour désigner le diachylon-sparadrap. Cependant, en présence de Français, nous allons plutôt utiliser le terme diachylon pour nous assurer d’être bien compris. Un coup d’épée dans l’eau !

On emploie parfois aussi l’anglicisme plaster, prononcé à l’anglaise, qui a été hérité du Canada anglais — mais ce mot est peu utilisé aux États-Unis.

Garderie ou crèche : où va-t-on porter le p’tit ?

Au Québec, garderie est le mot couramment utilisé pour désigner les services de garde d’enfants de 0 à 5 ans, avant l’entrée à la maternelle. Il est employé par tout le monde : parents, médias, institutions.

Source : La Presse

Exemples :

— J’ai pleuré ma vie quand j’ai laissé mon petit à la garderie pour la première fois.

— Mon petit attrape toutes sortes de maladie à la garderie et ramène tout ça à la maison. On va avoir un puissant système immunitaire d’ici quelques mois, à moins qu’un virus nous achève avant.

En France, le mot garderie est beaucoup moins courant, et surtout, il ne veut pas dire la même chose. Il désigne habituellement un service d’accueil temporaire, comme celui qui est offert avant ou après l’école, ou encore pendant les vacances.

Pour désigner l’équivalent d’une garderie québécoise, les Français utilisent plutôt le mot crèche — ce qui peut dérouter plus d’un Québécois, habitué à voir une crèche… sous le sapin de Noël. Et pour les plus anciens, ce mot évoque aussi les nombreux orphelinats qu’on retrouvait au Québec avant les années 1970.

Conclusion : petits mots, grandes nuances

Toutes ces différences ne sont ni des fautes ni des curiosités exotiques. Elles constituent une preuve vivante que le français se développe de manière différente en fonction du lieu où il prend racine.

Source photos : Depositphotos.com

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