Je dis en québécois; tu dis en français : chars, automobiles

Est-ce que vous chauffez des chars en France ?

Chauffer des chars? Attends voir que je réfléchisse… je ne crois pas.

— Au Québec, chauffer c’est aussi conduire. «Il chauffe toujours trop vite». «Il chauffe mal».

— Et le char, est-ce le blindé avec des chenilles qui passe dans la boue ?

— Pas exactement : un char, c’est un des synonymes d’automobile.

— Ah d’accord ! Donc oui : nous conduisons des automobiles en France, ou nous les chauffons, comme vous dîtes.

Devine le sens de «Il conduit une minoune».

Sa minoune roule toujours— Improvisation totale : cela veut dire qu’il conduit très lentement ?

— Pas du tout, le mot minoune a plusieurs significations. Minoune peut être un terme affectueux : «Je t’aime, ma minoune» ; une chatte, «Ma minoune a eu 8 petits» ; ou une vieille voiture, «J’ai la même minoune depuis 12 ans.»

— OK ! En France, pour désigner une vieille voiture qui est en mauvais état, nous utilisons « tacot », par exemple le truculent dépréciatif « C’est quoi ce tacot ? »

Tacot est aussi utilisé au Québec.

Connais-tu la locution «Il a le pied pesant» ?

— C’est quelqu’un qui appuie sur le champignon, non ? Quelqu’un qui écrase la pédale d’accélérateur !

— Oui : au Québec  avoir le pied pesant est effectivement synonyme de conduire vite, d’appuyer sur l’accélérateur.

— En parlant d’appuyer sur le champignon, savais-tu que l’expression venait de la forme caractéristique de l’accélérateur de l’époque (une tige métallique surmontée d’une boule) ?

— Non, je l’ignorais. Mais ça ne me surprend pas, car en France vous avez un amour particulier pour les champignons. Et je comprends maintenant pourquoi nous utilisons aussi la locution peser sur la suce, car le mot suce au Québec est aussi synonyme d’une tétine pour bébé, donc presque la même forme qu’un champignon.

— Et pour désigner quelqu’un qui « a le pied lourd », dans le sud de la France, nous utiliserons volontiers le terme calu, comme dans « Mais il est calu, ce type ! » À noter que «calu» signifie fou, dérangé, dangereusement imprudent.

Est-ce que tu veux embarquer avec moi ?

— J’adore les croisières ! Mais où allons-nous ?

— Ce n’est pas tout à fait ce que tu penses ! Les Québécois ont longtemps voyagé sur le fleuve Saint-Laurent. Ce cours d’eau a été pendant des siècles la seule autoroute de la province. Notre vocabulaire maritime s’est donc naturellement transmis à celui de l’automobile : on embarque et on débarque de la voiture.

Nous embarquons aussi dans un film, dans une histoire, c’est-à-dire que nous nous laissons prendre au jeu, que nous avons été captivés. « Je n’ai pas embarqué dans le dernier Batman ». « Je ne peux pas croire que je me suis laissé embarqué dans son histoire. Je peux être tellement naïf des fois.»

— Bien moi,  j’ai embarqué  dans tes explications sur les expressions québécoises.

Découvrez la suite : Je dis en québécois, tu dis en français, les chars, la suite 

Ce texte à quatre mains a été écrit par Vincent Guérineau de la France et de Patrice Hudon du Québec.

Inscription à l’infolettre

Inscrivez-vous à notre infolettre (newsletter) pour recevoir les nouveaux articles publiés sur Traduction du français au français.

Je m’inscris