Tu es une grosse bolle

Le mot québécois bolle (ou bol) donne parfois du fil à retordre à nos cousins de la francophonie. En effet, bolle a trois définitions distinctes :

personne brillante,

cuvette de toilette,

tête.

Jules, le Québécois dit : T'es une grosse bolle. C'est facile pour toi de comprendre toutes ces statistiques. Jules, le Français, répond : Pas tant que ça, je ne sais même pas c'est quoi une grosse bolle.

Il faut se fier au contexte pour en déduire le sens correct, ce qui ne devrait pas être trop difficile pour ceux qui sont le moindrement (un tant soit peu) bollés.

En étirant un peu la sauce, on pourrait dire : « Pas de bol ! J’ai trébuché dans les toilettes et je me suis cogné la bolle sur la bolle. J’ai subi une commotion et après, je n’étais plus une bolle. »

Une grosse bolle à l’école

Quelle est la définition du mot bolle en québécois ? Le mot bolle signifie être intelligent, cuvette de toilette ou tête.
Jules est une grosse bolle à l’école.

Lorsqu’il signifie « personne intelligente », le mot bolle est souvent employé en combinaison avec l’adjectif grosse : c’est une grosse bolle.

Il faut aussi savoir que le mot bolle est féminin, contrairement à son homonyme bol (récipient). Et cela, même si nous parlons d’un homme intelligent : Jules est une grosse bolle.

— C’est facile pour Jules de réussir à l’école, c’est une grosse bolle! Mais moi, je dois étudier sans relâche si je ne veux pas couler (échouer).

— Quand tu es jeune, c’est mal vu à l’école d’être une grosse bolle. C’est presque une tare de savoir accorder ses participes passés.

— Je travaille très fort pour obtenir de bonnes notes. C’est toujours plus facile d’obtenir des bourses d’études quand on pense que tu es une grosse bolle.

Article : L'université est gratuite pour les «bolles»
Source : La Presse

Être une bolle : trois synonymes

1 — Un petit vite

Pour décrire une personne intelligente, les Québécois disent aussi « c’est un petit vite », c’est-à-dire que cette personne comprend les choses facilement.

— Jules n’a l’air de rien, mais c’est un petit vite.

On utilise souvent cette locution à la négative pour dire qu’une personne n’est pas très brillante. Et pour se montrer un peu plus méprisant, on double le mot vite.

— Jules est très sympathique, mais il n’est pas vite vite.

2 — C’est un smatte

Nous employons aussi smatte comme synonyme de « rusé, intelligent ». Smatte est une déformation du mot anglais smart, qui se traduit par « intelligent ». De plus, au Québec, smatte peut aussi vouloir dire « gentil, aimable ».

— J’ai gagné un tournoi d’échecs régional, mais je me suis fait planter au niveau national. J’étais pas assez smatte pour les battre.

— T’es don’ ben smatte de me prêter ton chalet (maison de campagne) pour ma convalescence !

Que l’adjectif smatte décrive un homme ou une femme, la graphie reste la même et se termine par –tte.

3 — Être une 100 watts

Une « 100 watts », c’est une ampoule électrique qui éclaire beaucoup. Par extension, une 100 watts désigne quelqu’un de brillant.

Nous utilisons le déterminant « une » plutôt que « un » dans cette locution parce que le mot ampoule y est sous-entendu.

— Jules se prend pour une 100 watts. À la longue, ça devient un peu gossant (lassant, désagréable).

Habituellement, cette locution est employée à la forme négative.

— L’électricien qui est venu faire des réparations, c’était pas une 100 watts. Il est revenu trois fois pour finir le travail.

Nous vous invitons à lire Les mots québécois pour dire « stupide » pour découvrir 20 façons de dire à quelqu’un qu’il est idiot.

Être bollé

Être bollé, c’est être très intelligent, être calé dans un domaine. Bollé peut être employé comme nom ou comme adjectif.

— À l’école, je passais pour un bollé en informatique. Alors personne ne s’imaginait que j’étais capable de réussir dans les sports.

— Les Gendron, c’est une famille de bollés en mathématiques. Mais pour le reste… C’est pas fort.

— Nuance, je ne suis pas bollé, je suis un travailleur acharné. C’est cela qui explique ma réussite.

Alors que bolle est toujours féminin, bollé peut être masculin ou féminin (un bollé, une bollée).

Zut! La bolle est encore bouchée

Je déteste laver la bolle des toilettes.
Je déteste laver la bolle des toilettes.

Dans la langue familière, le mot bolle signifie aussi « cuvette de toilette », de l’anglais toilet bowl.

— Quand je suis allé aux toilettes du bar, il y avait un dentier au fond de la bolle. Je ne savais pas quoi faire.

— Le seul moment de repos de ma journée, c’est quand je suis sur la bolle.

Dans la langue familière, l’usage du mot bolle est beaucoup plus fréquent que celui du mot cuvette.

Le bol de toilette ou la bolle de toilette?

Le genre de « bolle (ou bol) de toilette » ne fait pas l’unanimité. Certains utilisent le masculin, d’autres préfèrent le féminin.

— Je n’aime pas que les gens me téléphonent quand ils sont assis sur la bolle de la toilette. C’est malaisant quand on s’en rend compte.

— Samedi, j’ai changé le bol de toilette. Dimanche, il y avait de l’eau partout. J’haïs ça, les rénovations!

Je me suis cogné la bolle

Le mot bolle est parfois synonyme de « tête ». Toutefois, cet usage est plutôt rare.

Un homme tient un sac de glace sur une blessure à la tête : il s'est cogné la bolle.
En tombant dans la salle de bain, je me suis cogné la bolle sur le bord de la bolle.

— En me relevant, je me suis cogné la bolle sur le coin de la tablette que je venais juste d’installer. J’haïs ça, les rénovations!

— J’étais assis dans les estrades et j’ai reçu la balle de baseball directement sur la bolle. J’ai échappé mes hot-dog et ma frite. J’haïs ça, le baseball!

Si vous désirez tester votre connaissance de la langue québécoise, nous vous invitons à visiter la section des jeux sur le vocabulaire québécois.

Une bolée en Normandie et en Bretagne

Pour terminer, une lectrice nous a fait découvrir la « bolée » de cidre de Bretagne et de Normandie. À l’origine, la bolée ne désignait pas, comme on pourrait le déduire, le petit récipient dans lequel est servi le cidre, mais son contenu. Aujourd’hui, la bolée désigne aussi ce petit bol habituellement muni d’une anse.

Cette tradition de boire le cidre dans une bolée remonte à l’époque où les verres étaient rares et où les gens fabriquaient eux-mêmes leur vaisselle, habituellement en terre cuite.

Les avis sont partagés sur la meilleure façon de boire son cidre : dans un verre à pied ou dans une bolée ? Nous ne pouvons trancher le débat. Mais nous espérons un jour déguster des crêpes en buvant une bolée ou un verre de cidre, et en ajoutant aux crêpes un soupçon de sirop d’érable. Un mélange parfait de cultures francophones.

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