Rêver en couleurs

Le nom de certaines couleurs exprime parfois des réalités différentes selon le lieu où l’on vit dans la francophonie.

Commençons par le mot couleur lui-même, que l’on retrouve dans l’expression québécoise rêver en couleur.

Tu rêves en couleurs ! Bientôt tout sera blanc, dit Jules le Québécois à son cousin français.

L’expression rêver en couleur est synonyme de « se faire des illusions ». On dit aussi « se faire des accroires », où le mot accroire signifie « histoire, illusion, chimère ».

Le festival des couleurs

L’automne, c’est le festival des couleurs au Québec. Cette locution est utilisée pour désigner la période de l’année où les feuilles des arbres virent au rouge, à l’orangé et au jaune.

— Chaque année, le festival des couleurs nous présente un spectacle à couper le souffle. Dommage que cela annonce aussi l’arrivée des grands froids.

En politique, la différence entre un rouge, un bleu et un bleu pâle

En France, un rouge est un communiste, alors qu’au Québec, un rouge, c’est un partisan du Parti libéral.

— La famille Gendron, c’est des rouges de père en fils. Il n’y a rien à faire pour les convaincre de voter pour un autre parti. Ils sont indécrottables.

Les partisans du Parti conservateur sont des bleus.

— Au fédéral, l’Alberta (province) vote toujours bleu. (Vote pour le Parti conservateur)

Mais comme rien n’est simple, autant en politique qu’en linguistique, dans le gouvernement provincial du Québec, les bleus peuvent être des conservateurs (à droite et fédéralistes), mais aussi de péquistes (au centre-gauche et indépendantistes) ou des caquistes (au centre-droit et autonomistes). Ces partis diffèrent dans leurs politiques, mais visuellement, seules des nuances de bleus les séparent.

Le ciel est bleu, l'enfer est rouge, lance un député conservateur.
Source : Le Soleil

Dans les années 1940-1950, le clergé québécois appuyait le Parti conservateur de Maurice Duplessis, favorable à l’Église. Certains curés s’impliquaient dans les campagnes électorales et prêchaient en chaire que « le ciel est bleu et l’enfer est rouge ». Cette formule est souvent réutilisée par les journalistes, et quelques fois, par des hommes politiques.

Heureusement, pour faciliter la compréhension entre francophones, les verts du Québec sont des écologistes, comme en Europe.

La glace noire

La glace noire désigne une plaque de glace très lisse et très dure qui recouvre par endroits les routes du Québec.

Méfiez-vous de la glace noire
Source : Info Dimanche

Difficiles à voir, ces plaques de glace noire sont très dangereuses parce qu’elles se confondent avec la route. Elles se forment souvent sur les zones ombragées de la route, sur les ponts et les viaducs. C’est un véritable danger public.

— Hier, j’ai dérapé sur de la glace noire. J’ai vraiment eu la chienne de ma vie ! (Je n’ai jamais eu si peur de ma vie !)

Avoir un fun noir

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, avoir un fun noir n’a rien de macabre, sombre ou désespéré. Cette expression signifie plutôt « avoir vraiment beaucoup de plaisir, avoir un plaisir fou ».

— J’ai toujours un fun noir quand je sors avec mes amis du secondaire (lycée).

On peut aussi bien avoir du fun noir qu’avoir un fun noir. Les deux versions veulent dire exactement la même chose.

Être en beau joual vert

L’expression être en beau joual vert sert à décrire la rage d’une personne sans avoir à utiliser de mots vulgaires. C’est un euphémisme d’être en tabarnak.

— J’étais en beau joual vert. J’ai eu une crevaison, et le garagiste a réparé le mauvais pneu. Et il a eu le culot de me charger (facturer) 25 piastres (dollars) supplémentaires !

Si vous désirez approfondir votre connaissance du mot joual, nous vous invitons à consulter l’article Qu’est-ce que le joual ?

Bleu poudre

Au Québec, le bleu poudre est un bleu pastel, assez pâle. Habituellement, le bleu poudre est considéré comme une couleur kétaine (ringarde).

— Au mariage de ma sœur, tous les garçons d’honneur portaient un complet bleu poudre. Je n’ai jamais eu aussi honte de toute ma vie..

Des pantalons bleu marin

Une des petites nuances du français québécois est que nous sommes plusieurs à dire bleu marin plutôt que bleu marine.

— Je n’aime pas prendre de risque quand je m’habille chic. Toutes mes cravates sont bleu marin.

Le pain brun, patates brunes et grosses coupures

Le pain brun est un pain de blé entier. Au Québec, nous utilisons les deux termes indifféremment.

— La serveuse me demande : « Pour vos toasts (rôties), est-ce que vous voulez du pain blanc ou du pain brun ? » J’aime mieux le pain blanc, mais j’ai répondu « du pain brun ».

Toujours dans le domaine alimentaire, les patates brunes sont les pommes de terre cuites dans le suc de la viande.

— À ma fête (mon anniversaire), ma mère faisait un spécial (une faveur spéciale, un effort inhabituel) et nous servait des patates brunes.

Quant au mot brun utilisé comme nom commun, il désigne un billet de 100 dollars (cette coupure est de couleur brune).

— Pour faire son frais (par arrogance), Jules a sorti un motton (une grande quantité) de bruns pour payer la note. Et franchement, je dois l’avouer à mon corps défendant, ça m’a impressionné.

Se parler dans le blanc des yeux

Au Québec comme en France, on se regarde dans le blanc des yeux. On se fixe alors de façon soutenue. Mais au Québec, on ne fait pas que se regarder, on peut aussi se parler dans le blanc des yeux. Dans ce contexte, le verbe parler est un euphémisme pour dire qu’on s’engueule.

— Comme je tombais toujours sur une boîte vocale, je suis allé chez mon concessionnaire pour lui parler dans le blanc des yeux. Il va arrêter de me prendre pour un clown (un imbécile) !

La pêche blanche

La pêche blanche est la pêche sur un cours d’eau entièrement gelé, en pratiquant des ouvertures dans la glace.

— Chaque année, ma famille organise une fin de semaine (week-end) de pêche blanche sur un lac du Québec. Chaque année, je m’invente une grosse grippe pour ne pas y aller. Je suis beaucoup trop frileux pour supporter une telle torture.

Les autobus jaunes

Les autobus jaunes ou autobus scolaires sont des autocars destinés au transport des écoliers. En Amérique du Nord, ils sont de couleur jaune.

Une file d'autobus jaunes (autobus pour écoliers)
Source : La Presse

— Je travaille comme livreur et vers 16 heures, je redoute toujours l’arrivée des autobus jaunes. On les appelle le péril jaune.

Vert chez nous, bleu chez vous

En France, un débutant se fait appeler « un bleu », alors qu’au Québec, ce novice est souvent qualifié de « vert », sous l’influence de l’adjectif anglais green, qui décrit une personne inexpérimentée et naïve.

Partagez cet article!

Inscription à l’infolettre

Inscrivez-vous à notre infolettre (newsletter) pour recevoir, une fois par semaine, les nouveaux articles publiés sur Traduction du français au français.

Je m’inscris

Nous utilisons votre adresse courriel uniquement pour vous envoyer l’infolettre. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment.