Peinturer, un sens bien québécois

Les Québécois ont donné à peinturer le sens de « couvrir de peinture ». Son usage est très courant au Québec.

Le verbe peinturer nous permet donc de faire la distinction entre l’utilisation utilitaire ou artistique de la peinture : nous peinturons un mur ou un objet et nous peignons un tableau. Une nuance inconnue en Europe.

Entête d'un article de journal : 559 millions de dollars pour peinturer le pont de Québec. Les Québécois utilisent le verbe peinturer comme synonyme de peindre.
Source : Journal de Québec

— En fin de semaine, je dois finir de peinturer le chalet (maison de campagne).

— Ma blonde (copine, amoureuse) aime faire des rénovations. Il faut toujours qu’elle trouve une pièce à peinturer.

— Depuis sa construction, la tour Eiffel a été repeinturée 20 fois. Il faut plus de 60 tonnes de peinture chaque fois.

Se peinturer dans le coin

Cette expression est une traduction de l’anglais « to paint oneself in a corner ». C’est une allusion à une personne qui peinture un plancher et qui termine le travail dans un coin sans porte. Elle ne peut plus sortir de la pièce sans marcher sur la peinture fraîche.

Illustration d'un homme qui s'est peinturé dans le coin, une expression québécoise qui signifie qu'un individu s'est placé soi-m^me dans le pétrin, se faire prendre à son propre jeu.
Jules a le don de se placer dans des situations difficiles. On dirait qu’il fait par exprès pour toujours se peinturer dans le coin.

Se peinturer dans le coin signifie donc « se placer soi-même dans le pétrin, se faire prendre à son propre jeu, être acculé au pied du mur par sa propre faute ».

— Ça n’a aucun sens, Jules s’est vanté de son méfait devant les caméras. Un vrai petit coq! Il s’est vraiment peinturé dans le coin.

— Julie s’est peinturée dans le coin en mariant Jules pour son argent sans d’abord vérifier l’état véritable de ses finances.

Nous pouvons aussi peinturer une autre personne dans le coin. Dans ce cas, nous tentons de coincer cette personne, de l’attirer dans un traquenard, de la piéger, de l’acculer au mur.

Marcher sur la peinture

Marcher sur la peinture n’est pas à proprement parler une expression, même si on l’entend souvent. Nous l’utilisons pour expliquer que, parfois, il n’y a pas d’autre solution que de se ridiculiser pour se sortir du pétrin.

C’est l’ancien premier ministre du Canada Jean Chrétien qui semble avoir créé cette expression après qu’un journaliste lui a demandé ce qu’il ferait s’il était peinturé dans le coin. Il avait répondu : « Si on s’est peinturé dans le coin, on marchera sur la peinture. »

Cette étonnante réponse de la part d’un premier ministre a été depuis reprise par de nombreux commentateurs politiques pour décrire un politicien qui renie ses promesses, qui vire son capot de bord.

Article de La Presse qui titre : Legault (le Premier ministre du Québec) devra marcher sur la peinture. Une expression québécoise qui signifie que, parfois, il n’y a pas d’autre solution pour se sortir du pétrin que de se ridiculiser.
Source : La Presse

S’autopeluredebananiser

Dans le même ordre d’idée, le néologisme s’autopeluredebananiser signifie « se nuire à soi-même, provoquer sa propre chute sans aide extérieure ».

U homme est sur le point de marcher sur une pelure de banane. Ce geste a donné naissance au verbe auto-pelure-de-bananiser qui signifie se placer dans une situation difficile par sa propre faute.
Le néologisme auto-pelure-de-bananiser décrit bien la capacité de certaines personnes à se mettre dans le pétrin par leur propre faute.

Cette image, qui renvoie au gag de la pelure de la banane sous le pied, est probablement une création de l’ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau, qui tentait d’expliquer la tendance de son parti à nuire à sa propre cause.

L’emploi de ce verbe magnifique est cependant peu répandu, car il représente tout un défi de prononciation. Comme ce mot indique un jugement négatif, il est préférable de ne pas s’enfarger (buter) en le prononçant.

Du point de vue orthographique, certains préfèrent s’auto-pelure-de-bananiser, plus facile à lire, mais guère plus facile à dire.

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