Les sens québécois du verbe sacrer

L’une des particularités les plus étonnantes du français québécois est celle de sacrer, c’est-à-dire proférer des jurons en utilisant des mots d’église. Nous avons consacré un article, Les sacres, à cet étrange phénomène linguistique.

Mais le verbe sacrer exprime aussi de nombreuses autres formes d’actions. Pour bien comprendre toutes les subtilités de ces sens québécois, il est impératif de porter une attention particulière à la construction du verbe ainsi qu’à la préposition qui l’accompagne.

Au plus sacrant

Au plus sacrant signifie simplement « au plus vite ». On le dit habituellement avec une touche d’impatience ou d’exaspération dans la voix.

— Habille-toi au plus sacrant, il faut qu’on parte. Nous sommes déjà très en retard.

Sacrer le camp

Sacrer le camp veut dire « foutre le camp, quitter précipitamment un lieu, s’en aller, se sauver ».

— C’est le temps de sacrer le camp, la bataille va pogner (éclater) entre les deux gangs (bandes, groupes).

On sacre le camps ou on sacre son camp.

— On sacre notre camp, dès que la police (policiers) arrive.

Sacrer quelqu’un dehors

Sacrer quelqu’un dehors est synonyme de « mettre quelqu’un à la porte ».

— Au jour de l’An, Jules s’était mis chaud (s’était enivré) et il insultait tout le monde. Je n’ai pas eu d’autres choix que de le sacrer dehors.

Sacrer quelqu’un dehors peut aussi vouloir dire « congédier cette personne ».

— César, le patron de Jules, l’a surpris à voler dans la petite caisse. C’était l’occasion qu’il cherchait pour le sacrer dehors.

Sacrer patience

Sacrer patience signifie « foutre la paix, laisser tranquille ». Habituellement, cette locution est employée en combinaison avec un pronom personnel : sacre-moi patience, voulez-vous me sacrer patience.

— Quand mes enfants étaient jeunes, je rêvais qu’ils me sacrent patience. Aujourd’hui, je m’ennuie d’eux. La vie, c’est mal fait.

Nous disons aussi « saprer patience ». Il ne s’agit pas ici d’une faute de frappe. En effet, la locution « saprer patience » veut aussi dire « laisser tranquille ». Toutefois, son usage est plus rare que celui de son cousin « sacrer patience ».

Le verbe saprer signifie aussi « donner, administrer, ou se débarrasser de quelque chose, abandonner ». À la forme pronominale se saprer de veut dire « ne pas être intéressé par, se moquer de »Dictionnaire d’Antidote

Se sacrer de

Se sacrer de quelque chose ou de quelqu’un, c’est être indifférent à cette chose ou à cette personne.

— Pour survivre psychologiquement comme artiste, il faut se sacrer des commentaires sur les médias sociaux.

— J’ai revu mon ex, et je peux t’affirmer qu’elle s’est remise de notre rupture. En fait, elle se sacrait totalement de moi, alors que j’avais les yeux pleins d’eau.

L’expression avoir les yeux pleins d’eau signifie « être au bord des larmes, être sur le point de pleurer ».

Sacrer aux

Sacrer aux, c’est se débarrasser de quelque chose, le jeter.

— Jules a perdu patience et il a sacré aux vidanges (ordures, poubelles) toutes les affaires de son coloc.

Sacrer là

Sacrer là peut aussi signifier « abandonner, larguer quelqu’un ».

— Ça faisait cinq ans que nous étions ensemble, et il m’a sacré là sans un seul mot d’explication. Même pas un petit message comme « ce n’est pas toi, c’est moi ».

Sacrer par terre

Sacrer par terre, c’est faire tomber au sol.

— Mon chien a sacré ma télévision par terre. Cinq cents piastres ( dollars) de perdus. Je pense que le prochain coup, je vais m’acheter un chat.

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