Les bras dans les expressions québécoises

Voilà que les bras se mêlent de la langue. Ces bras, membres actifs de nombreuses expressions québécoises, déroutent nos cousins de la francophonie.

Sur le bras de quelqu’un

Lorsqu’une addition est sur le bras de quelqu’un, cela signifie que c’est cette personne qui paie. C’est elle qui va casquer.

— Commande ce que tu veux. Ce soir, c’est sur le bras de la compagnie.

— Ils se sont mis riches sur le bras du gouvernement (ils se sont enrichis aux frais du gouvernement). Et après, ils nous disent qu’il faut qu’on prenne des risques !

2 — Le dessous-de-bras

Le dessous-de-bras est un synonyme amusant du mot aisselle ou de déodorant.

— Depuis que je fais de la compétition de natation, je me rase le dessous-de-bras.

On peut aussi sentir le dessous-de-bras. On dégage alors une forte odeur de transpiration. Pour éviter cela, il est préférable d’appliquer du dessous-de-bras, c’est-à-dire du déodorant.

— J’aimerais bien que, de temps en temps, Jules se mette du dessous-de-bras. Ça ne lui ferait pas de tort et ça nous ferait un grand bien. Ça serait gagnant-gagnant.

3 — Tordage de bras

Le tordage de bras, un calque de l’anglais arm-twisting, est la pression exercée sur quelqu’un dans le but d’en obtenir quelque chose, d’influencer son comportement contre son gré.

Source : 98,5 FM

— À la réunion des parents de l’école de judo, nous avons assisté à une véritable session (séance) de tordage de bras. Même là, les jeux de pouvoir prennent le dessus.

On dit aussi tordre un bras.

— Il va falloir qu’on lui torde un bras si on veut qu’il laisse sa place à quelqu’un de plus compétent que lui.

4 — Le bras dans le tordeur

Avoir un bras dans le tordeur, c’est être pris dans un enchaînement de circonstances dont on peut difficilement s’échapper. Pour bien comprendre cette expression imagée, il faut savoir que le tordeur québécois est l’essoreuse française. Avoir un bras dans le tordeur, c’est le superlatif de mettre un doigt dans l’engrenage. Il nous arrive de combiner les deux expressions et de dire se mettre un doigt dans le tordeur.

— Il faut faire attention quand on signe son hypothèque, parce qu’on peut se mettre le bras dans le tordeur, et pour longtemps.

— Je ne pensais pas que je me mettais le bras dans le tordeur quand j’ai commencé à rénover ma salle de lavage buanderie. Là, je dois changer toute la plomberie. Ça va me coûter un bras.

Se mettre le bras dans le tordeur.
Source de l’image : picryl.com

5 — Gros comme le bras

L’adverbe gros comme le bras a gagné au Québec le sens de « sans gêne, sans retenue, en toute liberté, à l’excès ».

— Le ministre a visité l’école et les petits écoliers le tutoyaient gros comme le bras. Un vrai choc des cultures.

— Au party (fête, réception) de Noël, Jules cruisait (flirtait) gros comme le bras. Il n’a aucune honte, ce gars-là.

En France (et parfois au Québec aussi), gros comme le bras se dit plutôt d’un mensonge éhonté, d’une erreur grave ou d’un compliment exagéré.

6 — Le bras de vitesse

Le bras de vitesse québécois est simplement le levier de vitesse. On ne doit pas le confondre avec le brake à bras, qui est le frein à main.

— J’ai loué une voiture à Londres et j’ai été incapable de m’habituer au bras de vitesse à gauche. J’ai fini le voyage en taxi.

— J’étais dans la lune (distrait) et j’ai oublié d’enlever mon break à bras. L’art de scrapper (briser) son nouveau char (voiture) en quinze minutes…

7 — Une job de bras

Faire une job de bras, ce n’est pas accomplir un travail manuel, c’est intimider physiquement quelqu’un, c’est faire le sale boulot.

Source : La Presse

— On n’a pas réussi à se faire élire. Il faut avouer que nos opposants ont fait toute une job de bras avant l’élection.

À noter que le mot job au Québec est habituellement utilisé au féminin : « j’ai enfin une bonne job ».

Les fiers-à-bras font souvent la job de bras

Source : La Presse

Le mot fier-à-bras porte à confusion, car au Québec, les fiers-à-bras sont des hommes forts qui cherchent à intimider, qui n’hésitent pas à imposer la violence. Ils font le sale boulot. En France, fier-à-bras décrit plutôt une personne fanfaronne qui n’a pas le courage qu’elle affiche. Il ne faut donc pas confondre le fier-à-bras québécois et le fier-à-bras français, sous peine d’avoir le nez qui saigne.

8 — Du jus de bras

Au Québec, nous employons l’expression jus de bras, alors qu’en France, c’est plutôt la locution huile de coude qui est employée pour désigner l’énergie, la force ou la vigueur nécessaire à l’accomplissement d’une tâche.

— Avec un peu de jus de bras, me disait mon père, on peut arriver à tout.

— Nous pressons nos oranges à la main, pour fabriquer le jus que nous servons aux clients. C’est le cas de le dire, c’est du vrai jus de bras.

9 — Coûter un bras

Coûter un bras, c’est coûter une fortune, être très cher.

Cette locution est un emprunt à l’anglais, to cost an arm and a leg. En la traduisant, nous laissons habituellement tomber la jambe. Est-ce que c’est pour des raisons économiques ? Nul ne le sait.

On entend aussi cette expression en France, mais son usage est beaucoup plus fréquent au Québec.

— J’étais complexé par ma calvitie, alors j’ai décidé de me faire greffer des cheveux. Ça m’a coûté un bras, cette coquetterie-là.

Pour rester dans les analogies physiques, coûter un bras, c’est coûter la peau des fesses, coûter les yeux de la tête.

10 — Une brassée

Le mot brassée signifie « quantité de vêtements chargée et lavée dans une laveuse (lave-linge) ». Nous avons simplement remplacé la définition standard de brassée, « ce que les bras peuvent contenir », par « ce que la cuve du lave-linge peut prendre ».

Une jeune homme en train de faire une brassés de linge, synonyme québécois de faire la lessive. Il téléphone à sa mère pour lui demander conseil.
«Allo, maman. Je suis en train de faire une brassée et je ne me souviens plus si je dois mettre l’assouplissant dans la laveuse ou la sécheuse.»

— En fin de semaine (ce week-end), j’ai fait cinq brassées. Je n’avais plus rien à me mettre sur le dos.

11 — Brasser de la…

Le verbe brasser a gagné au Québec le sens de « secouer ».

— Je ne vais plus dans les manèges. Ça brasse trop à mon goût.

On entend souvent l’expression brasser de la marde comme synonyme de « foutre la merde ».

— À notre réunion de copropriétaires, il y en a toujours un qui veut brasser de la marde. C’est immanquable.

12 — Le bras canadien

Le fameux bras canadien (Canadarm en anglais) est une source de fierté, un symbole national. C’est le bras robotisé de la navette spatiale américaine. Ce bras spatial fabriqué au Canada est un véritable bijou d’ingénierie et il représente un jalon dans l’histoire de la robotisation.

Source : La Presse

Pour terminer

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