La cabane à sucre

La traditionnelle sortie à la cabane à sucre est pour certains une expérience qui tient presque du pèlerinage.

Le menu y est souvent très simple : bacon à l’érable, bines à l’érable, crêpe à l’érable, jambon à l’érable, œufs cuits dans le sirop d’érable et les fameuses oreilles de Christ. Et comme digestif, dégustation de tire d’érable sur neige.

Et cette expérience gustative est aussi une occasion de découvrir des mots, des locutions et des expressions très sucrés.

Les deux cousins Un Québécois et un Français se parlent. Jules, le Québécois, dit : Cette année encore, à cause de la COVID. je ne pourrai pas t'inviter à la cabane à sucre pour te faire manger des oreilles de Christ. Jules, le Français, lui répond : Pardon ? Manger des oreilles de Christ. Non, merci ! Finalement, il y a peut-être un avantage à la Covid.

La cabane à sucre

Qu’est-ce qu’une cabane à sucre ? Une cabane à sucre n’est pas la version sucrée de la maison en pain d’épices d’Ansel et Gretel.  La cabane à sucre est un bâtiment destiné à la fabrication du sirop d’érable et où l’on sert des mets traditionnels du Québec.

On retrouve la cabane à sucre dans une érablière, c’est-à-dire dans un peuplement d’érables à sucre exploité pour l’industrie des produits de l’érable (sirop, sucre, etc.).

Cabane à sucre traditionelle du Québec
Samedi, nous sommes allés dans une petite cabane à sucre traditionnelle. Mon grand-père pleurait de joie. J’ignore si c’était parce que nous étions tous là ou parce qu’il mangeait ce qu’il aime le plus.

— Chaque année, toute la famille se réunit à la cabane à sucre. Chaque année, je fais une crise de foie. Un jour, je vais comprendre que mon corps n’est plus capable de digérer ces repas de bûcherons.

— Cette année, ils ont fait jouer du hip-hop à la cabane à sucre. Même là, les traditions se perdent.

L’érable à sucre

Il existe plusieurs variétés d’érables, mais c’est l’érable à sucre (acer saccharum) avec sa sève sucrée et très claire qui est cultivé pour la production de sirop.

Le temps des sucres dans les années 1960 au Québec

La sève de l’érable de Norvège, aussi appelé érable plane, est beaucoup plus laiteuse. Quant à la sève de l’érable rouge, elle peut aussi être utilisée pour la production du sirop d’érable. Toutefois, elle est beaucoup plus pauvre en sucre que celle de l’érable à sucre. Le sirop de l’érable rouge est plus foncé, avec une teinte rougeâtre.

— Mon voisin, qui vient de la ville, a entaillé des frênes… Je l’ai laissé faire. Je ne me mêle pas des affaires des autres. Je me contente de les juger.

Le temps des sucres

Le temps des sucres arrive au printemps, lorsque la sève (qu’on appelle « eau d’érable ») commence à monter dans les érables à sucre. On retrouve cette espèce d’érable au bois blanc et très dur dans le sud du Québec. Cet arbre fournit une sève sucrée avec laquelle on fabrique différents produits, comme le sirop, la tire et le beurre d’érable.

Le temps des sucres. Une érablières au mois de mars

— Le temps des sucres se termine bientôt. Il faut se préparer au temps des impôts. C’est moins le fun.

— Mon grand-père me disait chaque printemps : « Je me souviens que dans mon enfance, le temps des sucres arrivait souvent en même temps que le carême. C’était frustrant. »

— Le temps des sucres est le meilleur moment de l’année ! Ce n’est pas que j’aime le sucre, c’est que je déteste l’hiver.

Une bibitte à sucre

Le mot bibitte (bébitte, bébite, ou bebite) signifie « insecte », mais la locution bibitte à sucre désigne une personne qui aime le sucre.

deux jeunes enfants se partagent leur suçon. Ce sont de vrais bibittes à sucre.
Mon plus jeune est une vraie bibitte à sucre.

— Mon petit garçon est une vraie bibitte à sucre. Ses yeux s’allument quand il voit du sucre d’érable.

— En vieillissant, c’est difficile de garder sa taille de jeunesse quand on est une bibitte à sucre.

— La crèmerie au coin de la rue attire toutes les bibittes à sucre du quartier.

Au Québec, une crèmerie est un commerce où l’on sert des produits dérivés du lait prêts à être consommés, comme les cornets de crème glacée (appelés « glaces » en France).

Nous vous invitons à consulter l’article Bébitte ou maringouins? pour découvrir le mot bibitte.

La différence entre avoir le bec sucré et se sucrer le bec

L’expression se sucrer le bec veut dire « manger des sucreries, des mets sucrés », tandis qu’avoir le bec sucré signifie « aimer le sucre ».

De la tire d'rable sur neige
C’est le temps de se sucrer le bec.

— On a bien le droit de se sucrer le bec de temps à autre. On a juste une vie après tout.

— La tarte aux amandes est prête. Venez vous sucrer le bec.

— J’ai toujours eu le bec sucré, mais depuis quelques années, je ne contrôle plus mes fringales!

On obtient de la tire d’érable en étendant du sirop d’érable bien chaud sur un nid de neige bien propre. Le contact entre le chaud et le froid fait durcir le sirop pour donner de la tire, un bonbon mou qui colle aux dents. On enroule ensuite la tire sur un petit bâton, pour créer de façon artisanale notre propre suçon ( sucette).

De bien bonnes bines

Le mot bine confond de nombreux Français. Ce mot si courant illustre bien l’omniprésence de l’anglais dans la langue quotidienne des Canadiens français. Le mot bine est une déformation du mot anglais bean qui se traduit par « fèves » ou « haricot ».

Un plats de bonnes  bines à l'érable
Source photo : Ricardo

Malgré son origine anglophone, bine se prononce à la française comme pine… Un autre mot qui porte à confusion, car au Québec, une pine, adaptation de l’anglais pin, est synonyme d’« épingle » (et non pas de « pénis », comme en France). Nous vous invitons à consulter l’article Les fameuses bines québécoises pour découvrir les autres sens de bine, qui ne signifie pas toujours « fèves ».

À noter que nous mangeons des bines, mais nous ne les faisons pas pousser. Le mot bine désigne un mets, pas une plante. Nous faisons donc pousser des fèves ou des haricots et nous mangeons des bines.

— Dans le film Rock’n Roll, j’ai entendu Marion Cotillard dire « je vais aller faire pousser des bines ». J’apprécie l’effort, mais là, elle était dans le champ (elle était à l’ouest).

— Cette année, j’ai fait attention à ma diète : j’ai enlevé les morceaux de lard dans les bines.

Nous vous invitons à consulter l’article Les fameuses bines québécoises pour découvrir les autres sens de bine, qui ne signifie pas toujours « fèves ».

Le sirop de poteau

Le sirop de poteau est un sirop industriel, généralement fabriqué à base de maïs. C’est un succédané du sirop d’érable.

un étalage de bouteilles de sirop de poteau à l'épicerie

— Je suis très déçu de cette cabane à sucre. Ils nous ont servi du sirop de poteau.

— Je sais que je vais dire une abomination, mais j’aime mieux le sirop de poteau que le sirop d’érable. Je sais, pour un Québécois, c’est honteux.

Le beurre d’érable

Bonne nouvelle pour ceux qui suivent une diète, le beurre d’érable ne contient pas de matières grasses, seulement du sucre d’érable.

Beurre d'érable
Source de la photo : qc.allrecipes.ca

Le beurre d’érable est une pâte semi-solide qui sert à tartiner ou comme glaçage. Au Québec, le glaçage est une préparation crémeuse et sucrée dont on recouvre les gâteaux.

— Sur mes toasts (rôties), je mets une couche de beurre, et ensuite une couche de beurre d’érable. Quel délice !

— J’ai su que j’avais la COVID quand mon sucre d’érable n’avait plus de goût. Quelle tristesse !

Le pouding chômeur

Aller à la cabane à sucre, c’est parfois l’occasion de déguster le fameux pouding chômeur.

Le pouding chômeur (et non le « pouding aux chômeurs ») est une pâte à gâteau que l’on fait cuire sur une base de sirop d’érable ou de cassonade (aussi appelé sucre brun).

Le « poudzing »

Le mot pouding est un bel exemple de ce que les linguistes appellent l’affrication :

Fait, pour une consonne, de commencer par une occlusion et de se terminer par une constriction. L’affrication du t devant i et u en français québécois.Dictionnaire d’Antidote

Dans le cas du mot pouding, de nombreux Québécois prononcent « poud–z-ingne », comme ils disent « lund-z-i, mard-z-i », etc.

— L’ingrédient magique pour réussir son pouding chômeur et son pouding au pain, c’est le sirop d’érable.

— J’aime tellement le pouding chômeur que pour moi, c’est un plat de riche.

Les surprenantes oreilles de Christ

Pour terminer, nous nous penchons sur les oreilles de Christ, que l’on prononce « oreilles de crisse ». Nous dégustons principalement cette spécialité culinaire québécoise dans les cabanes à sucre, rarement ailleurs. C’est un mets traditionnel à diffusion limitée constitué de couennes de lard sautées ou frites et servies sous forme de croustilles épaisses.

Des oreilles de Christ servi dans une cabane à sucre
Ça fait tellement longtemps que je n’ai pas mangé des oreilles de crisse. Je ne sais pas si mon foie va résister.

— Mon adaptation au Québec s’est faite assez facilement. Je suis passé des fritons aux oreilles de crisse sans trop de problèmes.

— Dimanche, j’ai fait une entorse à ma diète. Je me suis bourré la face de jambon, d’omelettes, de fèves au lard et surtout d’oreilles de crisse. C’est décidé. Aujourd’hui, euh non, demain, je me remets au jogging.

— Il faut avertir les touristes de manger les oreilles de crisse lentement. Les morceaux de couenne durcis ont brisé quelques dents.

Pour découvrir d’autres expressions québécoises formées avec le mot oreille, n’hésitez pas à lire l’article Les oreilles dans la langue québécoise.

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