Dix expressions québécoises liées à l’hiver

Au Québec, les hivers glaciaux nous forcent à pelleter de la neige, encore et encore. Cette corvée, qui est presque devenue notre sport national, a donné naissance à plusieurs maux de dos et aussi à de nombreuses expressions qui n’ont plus rien à voir avec la neige et le temps froid.

Les deux cousins Jules. Jules de France dit : Si je comprends bien le québécois, être gelé ne veut pas toujours dire avoir froid, et je n'ai pas besoin de voir de la neige pour avoir vu neiger ? JUle du Québec lui répond : Et tu n'as pas à savoir patiner pour être vite sur tes patins. Tu vois, ce n'est pas si compliqué !

1 — Être gelé… comme une crotte

Être gelé ne signifie pas toujours « avoir froid ». Être gelé aussi peut vouloir dire « être anesthésié localement », comme chez le dentiste, ou « être camé, défoncé, drogué », comme un toxicomane.

— Je crois que mon dentiste à des problèmes de consommation de drogues. Quand je suis allé le voir, il donnait l’impression d’être gelé. Je n’ai pas pris le risque qu’il me gèle. J’ai prétexté un dégât d’eau et je suis parti à toute vitesse.

Être gelé peut aussi vouloir dire, comme le veut sa définition du dictionnaire, « avoir très froid ». Toutefois, nous ajoutons parfois « comme une crotte » pour indiquer qu’on est véritablement transi de froid. Dans ce contexte, « comme une crotte » sert de superlatif. Mais attention, on utilise « comme une crotte » seulement dans ce contexte. Nous ne disons jamais d’une personne sous l’influence de la drogue ou anesthésiée localement qu’elle est gelée comme une crotte, seulement qu’elle est gelée, même si cette personne est complètement défoncée.

Être gelé comme une crotte, c’est donc avoir « frette ». L’adjectif « frette » décrit un froid cinglant. Avoir frette, c’est beaucoup plus pénible qu’avoir froid.

— À -10 °C, les Québécois ont froid et les touristes français ont frette.

Pour en savoir plus, voir l’article : Être gelé comme une crotte.

2 — Vendre un frigidaire à Esquimau

On utilise l’expression vendre un frigidaire à un Esquimau ! pour décrire une personne qui a du bagout, un beau parleur, un vendeur capable de faire croire n’importe quoi à n’importe qui. Cette expression sert autant à vanter les talents de communicateur d’une personne qu’à déplorer son côté manipulateur. Selon le contexte, elle peut être un compliment ou une insulte.

— On va demander à Jules de parler au banquier. Comme il est capable de vendre un frigidaire à un Esquimau, il pourrait bien réussir à nous obtenir un report de paiement.

Les deux graphies, Eskimo et Esquimau, cohabitent de façon presque égale.

Certains préfèrent modifier l’expression et dire « vendre un frigidaire à un Inuit », car le terme Eskimo ( ou Esquimau) est considéré comme offensant.

Pour en savoir plus, voir l’article : Vendre un frigidaire à un Esquimau.

Des lecteurs de France nous ont écrit pour nous dire qu’ils utilisaient les expressions « vendre du sable à un bédouin » ou « vendre des lunettes à un aveugle ».

3 — Pelleter des nuages

L’expression pelleter des nuages signifie « rêver sans tenir compte des contraintes réelles ». Par extension, un pelleteux de nuages est un idéaliste ou un enthousiaste dépourvu de sens pratique, une personne qui caresse des chimères.

— Je suis tanné (épuisé, agacé) par tous ces gens qui ne font que pelleter des nuages en buvant de la bière.

Pour en savoir plus, voir l’article : Pelleter des nuages.

4 — Se faire passer un sapin

L’expression se faire passer un sapin signifie « se faire avoir, se faire duper, se faire tromper ».

Cette expression remonte à l’époque où des gens malhonnêtes vendaient du bois du sapin baumier (commun au Québec, mais de très faible valeur) en le faisant passer pour du bois de pin ou d’autres essences de meilleure qualité.

— Je me suis fait passer un sapin en achetant ce plancher en acajou. C’est du bois de piètre qualité avec un fin placage qui s’abîme rien qu’en le regardant.

Malgré leur proximité phonétique, se faire passer un sapin et se faire poser un lapin ne sont pas synonymes.

Pour en savoir plus, voir l’article : Se faire passer un sapin.

5 — Attache ta tuque avec de la broche

L’expression attache ta tuque signifie « attention, ça va décoiffer; accroche-toi bien; prépare-toi, l’action va commencer ».

Pour mieux en saisir le sens, il faut savoir qu’une tuque est un bonnet de laine à bords rabattus, parfois surmonté d’un pompon.

— Attache ta tuque, ce soir je fête mes 50 ans et je me promets une belle grosse crise de la cinquantaine.

On ajoute souvent « avec de la broche » à cette expression pour lui donner plus de poids. Au Québec, de la broche, c’est aussi du fil de fer ou des agrafes.

Pour en savoir plus, voir l’article : Attache ta tuque avec de la broche.

6 — Avoir vu neiger

L’expression avoir vu neiger signifie « être avisé, avoir de l’expérience, voir venir les chose ». « J’ai déjà vu neiger » peut se traduire par « tu ne me la feras pas » ou « on ne montre pas à un vieux singe à faire des grimaces ».

— Le petit jeune a commencé à travailler la semaine dernière et il essaie déjà de m’en passer quelques-unes. Eille ! J’ai déjà vu neiger, que je lui ai dit. Tes trucs, je les connais tous.

Nous disons aussi avoir du millage pour dire « avoir de l’expérience ». Au Québec, nous avons longtemps mesuré les distances en milles, même si aujourd’hui nous utilisons les kilomètres. Avoir du millage, c’est donc avoir déjà parcouru de longues distances.

Pour en savoir plus, voir l’article : Divers mots d’hiver en québécois.

7 — À la mitaine

L’expression à la mitaine signifie « à la main, de façon manuelle ».

— Ma souffleuse (chasse-neige) est en panne. Il va falloir que je pellette l’entrée de garage à la mitaine.

Notez que les fameuses mitaines québécoises sont les moufles françaises (un mot presque inconnu au Québec), c’est-à-dire des pièces de vêtements recouvrant entièrement la main en ne séparant que le pouce. En France, les mitaines sont des gants laissant à nu les deux dernières phalanges des doigts.

Pour en savoir plus, voir l’article : Des mitaines pour écrire.

8 — Qu’est-ce que ça mange en hiver ?

La question qu’est-ce que ça mange en hiver? signifie « mais qu’est-ce c’est que cette chose ? ». Cette expression est une façon de dire qu’on ignore de quoi parle notre interlocuteur.

— Qu’est-ce que ça mange en hiver, des vaccins à base d’ARNm ?

Les plus jeunes disent aussi kossé ou de kessé, aussi écrit quossé ou quessé, synonymes de « qu’est-ce que ? », « Quoi ? ».

Pour en savoir plus, voir l’article : Divers mots d’hiver, la suite.

9 — Patiner

Le verbe patiner peut aussi vouloir dire « éluder une question embarrassante, ne pas répondre aux questions, se trouver des excuses ou faire diversion ».

— Le premier ministre ne répond jamais aux questions. Il se contente de patiner un peu en souriant à la caméra.

On peut donc patiner très vite sans savoir se tenir sur des patins. Dans certains cas, patiner peut aussi vouloir dire « être prompt à la répartie », mais cet usage est plus rare.

Pour en savoir plus, voir l’article : Le politicien patine vite.

10 — Être vite sur ses patins

L’expression être vite sur ses patins signifie « s’adapter rapidement à une situation inattendue, penser vite, réagir vivement en conservant son sang froid ».

— En affaires, si on veut réussir, il faut être vite sur ses patins, explique le président de Décathlon Canada.

Cette expression sert parfois à décrire une personne dotée d’un excellent sens de la répartie.

Pour en savoir plus, voir l’article : Le politicien patine vite.

11— Tu t’en vas où avec tes skis dans le bain ?

L’expression tu t’en vas où avec tes skis dans le bain ? est plus une exclamation qu’une question. C’est une façon très rude de demander à quelqu’un ce qu’elle fait ou de lui faire savoir que ses actions sont absurdes, dangereuses ou insensées.

— Quand j’ai vu que mon garçon et ses colocs (colocataires) tentaient de déménager un gros matelas sur le toit d’une petite voiture, je n’ai pas pu m’empêcher de leur dire : « Mais vous allez où avec vos skis dans le bain ? »

Plusieurs utilisent cette expression sans « dans le bain ». Pour eux, la question « tu t’en vas où avec tes skis » est assez imagée pour exprimer ce qu’ils ont à dire.

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