15 expressions et mots québécois liés aux chars

Au Québec, un char n’est pas seulement un char d’assaut, un char allégorique ou un véhicule tiré par des chevaux. Un char, c’est surtout une automobile, une simple voiture. Le mot char, de registre familier, est d’emploi très courant.

Mots québécois : mettre les valises dans la valise

Les expressions et les mots relatifs aux voitures ont de quoi surprendre nos cousins de la Francophonie. Nous vous en présentons une quinzaine pour vous aider à parcourir les routes du Québec sans trop vous perdre.

1 — Peser sur la suce, peser sur le gaz

Pour accélérer en voiture, les Québécois pèsent sur la suce alors qu’en France ils appuient sur le champignon. Pour bien comprendre cette différence, il faut savoir qu’au Québec, le mot suce est synonyme de « tétine pour bébé ».

L’utilisation de suce et champignon tire son origine du fait que les accélérateurs des voitures ont déjà eu une forme arrondie. Ces expressions ont survécu dans l’usage même si les accélérateurs se sont aplatis.

— Quand j’étais jeune, dès que quelqu’un nous dépassait sur l’autoroute, je criais à mon père de peser sur la suce. Qu’est-ce que je devais être énervant !

Peser sur le gaz est synonyme de peser sur la suce. L’utilisation du mot gaz dans ce contexte est un anglicisme. Le mot anglais « gas » est l’abréviation de gasoline qui se traduit par de l’essence. Nous utilisons aussi l’expression « avoir le pied pesant » pour parler de quelqu’un qui fait de la vitesse.

— Jules a le pied pesant, mais il ne pogne (attrape, écope) jamais de tickets (contraventions).

Vous aimez les expressions québécoises ? Découvrez Avoir les yeux gros comme des trous de suce.

2 — C’est pas les gros chars

L’expression c’est pas les gros chars est synonyme de « c’est très ordinaire, ce n’est rien d’impressionnant, c’est beaucoup moins que ce à quoi on s’attendait ». Bref, c’est décevant.

— Nous sommes allés au nouveau restaurant en face de la Place des Arts. C’était pas les gros chars, surtout si on considère le prix.

3 — Chauffer son char ben chaud

Voici une phrase dans laquelle le nom, le verbe et l’attribut sont difficiles à comprendre pour un non-Québécois.

Chauffer son char ben chaud signifie « conduire sa voiture en état d’ébriété ». Chauffer signifie « conduire », comme à l’époque des locomotives à vapeur, lorsqu’on devait alimenter le feu du moteur, et être chaud veut dire « être saoul » et char, voiture.

— Jules a perdu son permis en plein confinement. Il s’est fait prendre à chauffer son char ben chaud.

Pour en apprendre plus sur cette phrase, nous vous invitons à lire l’article Chauffer son char ben chaud.

4 — Un bazou

Le mot bazou signifie « vieille voiture, vieille bagnole, tas de ferraille, tacot ». Les termes chignole et vieux clou, synonymes de « mauvaise voiture » en France, ne sont pas utilisés au Québec.

— Je me suis rendu en Gaspésie avec mon vieux bazou. Le prochain défi : revenir à la maison.

Savez-vous qu’au Québec, une voiture peut être un citron ? Ce sens nous vient du lemon anglais qui parfois décrit des objets qui présentent des défauts de fabrication.

Nous vous invitons à lire l’article Un vieux bazou pour découvrir les différences entre le bazou, le citron et la minoune.

5 — Avoir les deux mains sur le volant

L’expression avoir les deux mains sur le volant signifie « être dans la position de celui qui décide, qui prend les choses en main ».

— Ça serait bien d’avoir un patron qui a les deux mains sur le volant. On saurait peut-être où on s’en va !

Cette expression est souvent utilisée avec ironie depuis que le parti Libéral du Québec l’a popularisée durant la campagne électorale de 2008.

Jean Charest veut les deux mains sur le volant
Source : Radio-Canada

6 — La valise est poquée

La valise de la voiture, c’est le coffre arrière. Au Québec, nous plaçons donc nos valises dans la valise.

— Il y a un tarla (idiot) qui a poqué ma valise. Il avait ses pneus d’été en plein hiver. Il n’a pas pu s’arrêter à temps au feu rouge et il m’est rentré dedans (il a embouti ma voiture).

Le verbe poquer signifie « enfoncer une partie de la surface (de quelque chose) à la suite d’un choc ».

Le mot valise peut aussi vouloir dire « personne crédule, facile à duper ».

7 — S’arrêter à la lumière

Au Québec, les feux de circulation sont souvent appelés lumières. Les deux termes sont employés, mais dans la langue parlée, le mot lumière est plus fréquent.

— J’ai dit à la police (policier) que je n’avais pas vu que la lumière était rouge parce que je suis daltonien. Ça n’a pas fonctionné. J’ai quand même eu un ticket (contravention). Un gars s’essaye. (J’ai tenté ma chance.)

8 — Conduire avec les hautes

Conduire avec les hautes ou conduire sur les hautes ne signifie pas « se promener dans la haute société », mais veut plutôt dire « conduire avec les feux de route (phares de nuit) allumés ». Et les « basses » sont les feux de croisement.

Conduire avec les hautes
Source : La Presse

— Je déteste ça, croiser des autos qui se promènent en ville avec leurs hautes. Ça m’aveugle et ça m’enrage.

9 — Conduire à reculons

Conduire à reculons, c’est faire marche arrière.

— J’aime pas ça, conduire à reculons. Heureusement qu’on a maintenant des caméras pour nous aider. Mais c’est bizarre de rouler à reculons en regardant devant.

La locution à reculons peut aussi vouloir dire « à son corps défendant » : « J’y vais à reculons. »

10 — Faire du pouce

Faire du pouce, c’est faire de l’auto-stop.

Le père Noël fait du pouce
Le père Noël fait du pouce, une scène qu’on devrait voir avec le réchauffement climatique.

— À cause de la grève des transports en commun, j’ai dû faire du pouce pour me rendre au travail.

— Je rêvais de visiter le Québec sur le pouce (en auto-stop) jusqu’à ce que j’attende quatre heures sur le bord de la 20 (une des grandes autoroutes) sous la pluie. Le charme a cessé d’opérer.

Parfois, on appelle ceux qui font de l’auto-stop des pouceux.

— Quand j’étais jeune, il y avait plus de pouceux sur les routes qu’aujourd’hui.

11 — Avoir ses licences

Le mot licence est un faux ami qui, pour compliquer la compréhension, a trois sens différents : plaques d’immatriculation, permis de conduire et certificat d’immatriculation.

— J’ai mes licences depuis que j’ai 16 ans et je n’ai jamais eu d’accident. Et là, parce que j’ai 80 ans, je dois passer un examen de conduite donné par un petit jeune qui a encore son gras de bébé.

Toutefois, ces emplois du mot licence se font de plus en plus rares.

12 — Service à l’auto

Le Québec aime bien franciser certains mots anglais qui se sont répandus ailleurs dans la francophonie. C’est ainsi que nous préférons service à l’auto ou service au volant à drive-in.

— Pour accroître le taux de vaccination, le gouvernement a décidé d’offrir un service à l’auto pour les vaccins.

13 — Voiture de courtoisie

Une voiture de courtoisie n’est pas une voiture que l’on doit conduire avec politesse ou civilité, mais c’est une voiture de service offerte par un garage ou un concessionnaire le temps que la voiture du client soit réparée ou livrée.

— Au garage, comme voiture de courtoisie, ils m’ont prêté un vieux bazou couvert de rouille. Rien pour inspirer confiance.

14 — Une minoune

Le mot minoune peut prêter à la confusion, car il possède plusieurs significations. Ainsi quelqu’un qui parle de sa minoune peut parler de sa vieille voiture, de son chat ou de sa copine. Il faut se fier au contexte pour tirer les bonnes conclusions.

— J’ai dû me débarrasser ma minoune, le muffler (silencieux) est tombé sur la rue quand j’attendais à une lumière rouge (feux de circulation).

15 — La minifourgonnette

Le mot minifourgonnette, construit avec deux diminutifs, le préfixe mini- et le suffixe -ette, ne désigne pas un très petit véhicule, mais une simple fourgonnette. Ce nom tire son origine du mot anglais minivan. Les Québécois ont gardé mini et lui ont accolé le mot fourgonnette, d’où la présence des deux diminutifs.

La minifourgonette québécoise
Source photo : Wikipédia

— Je n’aurais jamais cru être heureux de m’acheter une minifourgonnette. Mais voilà, avec trois enfants, je dois avouer que mes goûts ont changé radicalement.

La minifourgonnette n’est pas un camping-car

Le mot camping-car cause beaucoup de problèmes aux Français qui visitent le Québec, car ce terme y est rarement employé.

Pour les Québécois, le camping-car est un « véhicule récréatif », plus communément appelé par son abréviation, VR. La locution Véhicule Récréatif est une traduction du Recreational Vehicle, ou RV, anglais.

Le mot auto-caravane est aussi utilisé, mais surtout dans la langue écrite, dans les annonces publicitaires ou sur les sites web. Comme synonymes dans la langue parlée, nous employons plutôt motorisé, tente-roulotte, campeur, mais chacun de ces véhicules possède ses propres caractéristiques. Pour les néophytes du domaine, ou pour les rédacteurs peu attirés par les moteurs, ces mots sont de parfaits synonymes, alors que pour les connaisseurs, ils désignent des véhicules différents.

Et si le commis vous demande vos licences avant de vous louer un VR, il parle de votre permis de conduire.

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