Les 5 mots pour aider les Français qui viennent travailler au Québec

«La facture est prête.» «Peux-tu me l’envoyer par courriel ? »

— Pas d’email ni de spam pour parler des échanges électroniques de ce côté de l’Atlantique. C’est le poétique « courriel » qui est employé par les Québécois. (À noter que la paternité du terme est largement disputée des deux côtés de l’Atlantique (ref) mais force est de constater que son utilisation est un succès sur la terre de Jacques Cartier). Le terme «spam» a lui aussi un étonnant néologisme : le pourriel.

— Nous utilisons beaucoup le mot courriel (contraction de courrier électronique), et aussi le mot pourriel (contraction de pourriture électronique). Ces deux mots occupent une place importante dans notre espace linguistique. Toutefois, nous employons aussi les mots «email» et «spam». De plus, à la différence des Français qui semblent préférer le «mail», nous optons habituellement pour sa forme longue, le «email».

« Est-ce que tu as ton portable dans ta poche? »  « Pardon ?»

— Voici un mot qui peut prêter à bien des quiproquos ! Le portable (téléphone) français évoquera l’ordinateur portable au Québec. La question « tu me prêtes ton portable ? » risque par conséquent d’être accueillie avec réserve. « Tu me passes ton cell ? » fonctionnera beaucoup mieux. N’y voyez pas un anglicisme, car cell est le diminutif de cellulaire.

— Effectivement, la plupart des Québécois pensent immédiatement à un ordinateur lorsqu’ils entendent le mot portable. L’utilisation du mot portable comme diminutif de téléphone portable est très faible au Québec.

« Quand peut-on se céduler une rencontre ? » « … ? »

— Tout d’abord une note : l’Office québécois de la langue française critique l’utilisation de ce calque sémantique de l’anglais « to schedule » qui veut dire « programmer, fixer, établir ». Cela dit, j’ai un petit faible pour ce terme et l’utilise autant que possible.

— Il n’y a pas seulement l’Office québécois qui critique l’utilisation du verbe franglais «céduler». De nombreux Québécois y sont aussi allergiques, surtout si on ajoute le mot «appointement» (rendez-vous) à la phrase. «Je t’ai cédulé un appointement pour demain après-midi». Au fil du temps, la fréquence d’utilisation de ces anglicismes a fortement diminué dans la langue parlée et a presque disparu de la langue écrite. Heureusement, diront plusieurs.

« Où est le dossier de M. de Mesmaeker ? » «  Sur vo.. ton ! Sur ton bureau ! »

— On peut lire partout que le système hiérarchique est beaucoup plus souple au Québec qu’en France. C’est une chose de le lire, c’est une autre de l’expérimenter et encore une autre de le pratiquer avec un supérieur. Le vouvoiement met une distance qui n’est pas très appréciée par le tempérament amical des Québécois. Un conseil pratique : pratiquez, pratiquez, pratiqu… pardon pratique, pratique, pratique !

— Effectivement, le fameux tutoiement est beaucoup plus répandu au Québec qu’en France. Mais avant de tutoyer son supérieur, il est quand même recommandé d’attendre que le supérieur tutoie en premier. Ce qui peut arriver assez rapidement. Par exemple, il est fréquent de commencer une entrevue au «vous» et de la terminer au «tu». Attention, certains milieux professionnels préfèrent encore le vouvoiement au tutoiement, mais ils ne sont pas majoritaires.

« Qu’as-tu pensé de ma présentation ? » «  C’était pas pire. »

— Je me rappelle encore de la première fois où j’ai entendu cette expression ! Je faisais du bricolage avec mon beau-père et lui demandais ce qu’il pensait du résultat de notre effort collectif. La réponse fut cinglante : « pas pire ». Ce qui sonnait très négativement à mon oreille française. Que nenni cela correspond ici au « passable » français.

— Nous avons publié un article sur l’utilisation québécoise de «pire», «pas si pire,» «pas pire pantoute». Il faut avoir vécu un peu Québec pour distinguer les différents sens de «pire» qui peut, selon la tournure d’une phrase, vouloir dire mauvais, passable, bon et pas mal du tout. Comme on dit parfois : ça ratisse large.

Ce texte à quatre mains a été écrit par Vincent Guérineau de la France et de Patrice Hudon du Québec.

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